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Profession : Thanatopracteur |
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| Conférence statutaire de Alain Lichtmann |
| Rotary Club de Lannion, le 1er février 2007 |
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| Je tiens tout d'abord à vous remercier de m'avoir accueilli au club et plus particulièrement mon parrain Jean-Pierre CHATELAIN. |
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| Depuis mon entrée au Club, je sais que notre cher Président attend cet instant avec impatience, et que la conférence de Jean-Pierre ANGER, du 21 novembre dernier sur « Le cheveu révélateur, un outil pour la toxicologie médico-légale », n'a fait qu'attiser sa curiosité. |
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Je commencerai en me présentant succinctement : je suis né le 16mars 1966 à Maisons-Laffitte dans les Yvelines, j'ai donc 40 ans, je suis marié avec Sonia et nous avons trois enfants Jérémy 12 ans, Corentin 8 ans et Inès 4ans. |
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| Pour le plus grand plaisir de nos amis du protocole je suis titulaire d'un C.A.P de cuisine. |
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J'exerce dans le métier des Pompes Funèbres depuis environ 15 ans, et je suis donc un de ces oiseaux rares qui intrigue notre Président et que l'on appelle Thanatopracteur.
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Il faut savoir que la mort a toujours fasciné l'être humain. Il la craint, il la vénère, mais à aucun moment de son histoire, la mort ne l'a laissé indifférent. Chaque religion a ses coutumes pour accompagner ses défunts. Et, de nos jours, même les obsèques civiles se déroulent selon un certain rite. C'est donc logiquement que l'embaumement remonte à l'antiquité. |
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Le terme embaumement est dérivé de l'expression latine « In balsamum », qui signifie « déposer dans le baume » comme les momies. Ainsi par momification, nous comprenons tous les moyens naturels ou artificiels employés pour la conservation d'un cadavre ou d'une partie d'un corps : dessiccation (au soleil ou à la fumée), avec ou sans éviscération, enrobement par certaines matières, bourrage des cavités, embaumement chimique par injection de substances conservatrices, etc. Chaque époque et chaque culture avait ses raisons et ses techniques de le pratiquer. |
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Chez les Égyptiens, la raison supérieure était celle de la Rédemption future dont devait jouir aussi bien le pharaon que les plus humbles des mortels. Ils avaient la conviction que si le cadavre évitait la putréfaction, il était périodiquement visité par son âme, laquelle, après
unecertaine période de temps (˜ 3000 ans quand même), s'associerait de nouveau à lui pour reprendre vie |
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Leur technique consistait à retirer les organes de leur cavité, de les laver à l'aide de phénicien (pourpre), de vin de palme ou autres solutions astringentes (qui resserrent et raffermissent les tissus) puis de les remettre en place |
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Le corps était plusieurs fois enduit d'huile de cèdre, de myrrhe, de cassia, d'aloès, de safran.
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L'embaumement était aussi pratiqué par d'autres peuples de l'Antiquité. |
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Chez les juifs, la coutume consistait à envelopper les corps dans des draps imbibés d'huiles et d'épices. Les pauvres étaient embaumés à l'aide de bitume que l'on trouvait sur les rives de la mer Morte.
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Les corps étaient enduits de cette substance puis recouvert d'un drap. Le bitume possède un important pouvoir de conservation mais supprime complètement les traits du défunt. En effet, des cimetières juifs ont été découverts où des corps déposés en rang, les uns sur les autres, ne montrent pas de signe de décomposition même après plusieurs siècles.
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La période moyenâgeuse est pauvre pour la thanatopraxie. Seuls les personnages royaux, lorsque le décès survenait en la demeure royale, avaient droit à quelques préparations. L'art de l'embaumement consistait alors à remplir le corps éviscérés avec un mélange d'aromates : ambre, musc, miel, encens, romarin, écorces aromatiques.
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| Si le décès survenait au loin, une coutume fort répandue à l'époque consistait en une série d'opérations ayant pour but la séparation des chairs et des os par la cuisson ou autres moyens. |
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Après quoi, les parties molles étaient inhumées sur place et les ossements transportés dans leur tombeau. L'exemple le plus célèbre est Saint-Louis , mort à Tunis, et dont le " tombeau des chairs se trouve à Palerme et les ossements à Saint-Denis ". |
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Au 17 ème siècle, le docteur Frédérick RUYSCH qui occupait la chaire d'anatomie d'Amsterdam de 1655 à 1717 fut probablement le premier à employer avec succès l'injection artérielle pour la préparation de spécimens en vue de recherches anatomiques. Il est rapporté que Ruysch réussissait à donner aux corps un aspect vivant ; les tissus gardaient leur apparence de souplesse et les membres leur flexibilité |
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Malheureusement, ce médecin n'a laissé aucune information précise sur sa méthode, ni sur les produits qu'il employait. |
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| Durant la même période , le médecin anatomiste anglais William HARVEY découvrit la double circulation sanguine et le système artériel. |
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| Peu de temps après, MALPHIGI découvre les capillaires et confirme les idées de HARVEY. |
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| Le Docteur William HUNTER (1717 – 1783) , médecin anatomiste écossais, a aussi pratiqué l'embaumement artériel. Il employait une solution composée de térébenthine, d'huiles résineuses et de matières. |
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| Nombre de médecins et pharmaciens s'ingénièrent vers la fin de cette période à trouver d'autres méthodes : DUBOIS, FALCONY,FRANCHINI, le baron CUVIER ou encore le chimiste Jacques THÉNARD . |
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William Harvey |
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Le Baron Cuvier |
Jacques Thénard |
Jean-Nicolas Gannal |
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Il faut attendre 1840 pour voir apparaître le premier procédé scientifique avec CHAUSSIER qui utilise le chlorure de mercure (procédé utilisé pour embaumer le corps du roi Louis XVIII). Puis Jean-Nicolas GANNAL qui mit au point une technique simple d'injection intra artérielle. |
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Le terme thanatopraxie a été adopté par la profession pour différencier la méthode moderne qui consiste à injecter une solution conservatrice dans le système artériel et à drainer les liquides corporels et le contenu veineux sans aucune éviscération des anciennes méthodes.
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Sur le plan étymologie, ce terme vient de deux mots grecs : |
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Thanatos qui était le dieu grec de la mort, |
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Praxis qui signifie une idée de mouvement. |
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L'association des deux mots représentera tout ce qui a trait à la manipulation des corps des défunts. |
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En 1864, le Docteur genevois Sigismond LASKOWSKI, que l'on peut considérer comme l'inventeur de la thanatopraxie moderne eut le premier l'idée d'utiliser la glycérine boratée comme agent pénétrant des tissus profonds pour véhiculer les produits conservateurs. Depuis cette époque, des découvertes scientifiques, médicales et techniques ont permis l'évolution permanente de notre art, notamment le formol en 1868 par HOFFMAN puis produit industriellement par Auguste TRILLAT dès 1899. |
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Pendant cette période, aux Etats-Unis se déroulait la guerre de Sécession qui fit des milliers de morts. Richard HARLAN, médecin anatomiste de Philadelphie, qui était venu en France visiter divers centres médicaux et rencontrer des savants et des chercheurs, rencontra GANNAL. Il fut fasciné par son travail et obtint le droit de traduire en anglais son ouvrage « Histoire de l'embaumement ».
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C'est ce manuel qui ouvrit sur le continent américain la voie à la thanatopraxie. Les corps étaient traités directement sur le champ de bataille par des embaumeurs ambulants, pour être ensuite remis à la famille. La guerre de Sécession terminée, les praticiens proposèrent leurs services à la population. La méthode regagna alors le vieux continent où elle était née, mais où elle avait pratiquement disparue car réservée aux personnes riches ou illustres. Ce fut d'abord en Angleterre à partir de 1927, puis en France dans les années 1960.
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Auguste Trillat |
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Mais qu'est ce que la thanatopraxie de nos jours ?... |
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Ou plutôt, devrai-je commencer par pourquoi ?... |
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En premier lieu, la thanatopraxie permet la présentation, même prolongée, d'un défunt dans des condition d'hygiène parfaite. Mais surtout, psychologiquement, la présentation soignée d'un défunt, son visage calme et reposé, permet à la famille de l'accompagner dans les meilleures conditions.
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Dans des cas extrêmes, la thanatopraxies permet même des présenter des corps qui n'auraient pu l'être sans cette intervention (accident, etc.). Le procédé utilisé de nos jours est l'injection, dans le système artériel, d'un fluide ayant les propriétés suivantes :
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conservateur, |
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pénétrant, |
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colorant, |
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agent mouillant, |
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répulsif insecticide, |
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fluidifiant. |
Chacune de ces propriétés sert à pallier aux effets post mortem tel que la déshydratation, les cyanoses, le blanchiment, etc.… |
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Pour faire un clin d'œil à Jean-Pierre ANGER, certains produits sont interdits pour la composition de fluide d'embaumement, notamment l'arsenic, le cadmium, le plomb, le mercure et leurs composés.
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La France compte environ mille thanatopracteurs. Ces derniers sont titulaires du diplôme national de thanatopracteur. Depuis quelques années, on a pu constaté un plus grand intéressement des jeunes vis-à-vis de cette profession un peu particulière, et notamment de jeunes femmes. Cette émergence de notre humble art a revalorisé une profession qui en avait grand besoin, ma présence en cette assemblée de ce soir est un gage de cette acceptation.
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En plus de la thanatopraxie, mon métier d'Entrepreneur de Pompes Funèbres consiste à accueillir les familles en deuil, à organiser les obsèques dans le respect du défunt et de sa confession, à connaître et appliquer la réglementation funéraire dans les conseils que j'apporte aux familles, mais aussi une activité de marbrier. A plusieurs reprises certains d'entre vous m'ont interpellé sur la réglementation des cimetières ou encore sur certains rites funéraires, et je pense qu'un principe de questions-réponses sera plus vivant pour finir cette conférence.
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Je vous remercie de l'attention que vous m'avez portée, et suis à disposition pour d'éventuelles questions. |
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